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Vermeersch : « On est fichus ! » (01/03/2011)Le Soir 2011

Le témoignage du président molenbeekois donne froid dans le dos

● Encore en D1 voici 3 ans, le Brussels s’apprête à basculer en troisième division.
● Sa situation financière n’est ni pire ni meilleure que celle d’une grande majorité de ses adversaires.
● Sans droits télévisés, l’antichambre de l’élite perd en moyenne 400.000 euros par an !

Le constat est sans appel : depuis sa relégation, voici 3 ans, le Brussels n’en finit plus de plonger vers les abysses. Huitième en 2009, 12e en 2010, le voilà bon avant-dernier. Et donc aux portes de la D3 ! Plus rien ni personne ne semble en mesure d’enrayer sa chute, à commencer par Johan Veermeersch, cet impénitent lutteur guetté par la résignation.

« Je n’ai jamais vécu une saison aussi noire, avoue l’entrepreneur de Ternat. Une fois, une seule fois cette saison, nos joueurs sont parvenus à enchaîner deux succès d’affilée. Jouent-ils de malchance ? Ont-ils perdu toute confiance en leurs moyens ? Je ne peux m’imaginer en tout cas qu’ils n’ont pas le niveau suffisant pour se maintenir. Avant le coup d’envoi de ce championnat, tous les spécialistes de la D2 s’accordaient à affirmer que cette équipe était mûre pour le tour final de la montée. Et nous voilà dans le trou sans que je puisse réellement reprocher quoi que ce soit à quiconque. »

C’est d’ailleurs en désespoir de cause que la direction du Brussels s’est résolue à remplacer son entraîneur Chris Van Puyvelde par Michel De Wolf. « Face à Rupel-Boom, l’équipe s’est liquéfiée sur le terrain. J’ai quitté le stade, complètement déprimé, à un quart d’heure de la fin. Cette nuit-là, j’ai songé à tout laisser tomber. Mais si moi, le président, j’abandonne, ce club est mort. Je n’ai pas le droit d’agir de la sorte. Ne serait-ce que par respect pour nos supporters, nos sponsors et nos jeunes. »

Depuis des années, Vermeersch consacre son énergie, son temps et son argent à la gestion d’un club qu’il considère comme son enfant. Ses détracteurs ne manquent d’ailleurs pas de lui reprocher son individualisme forcené qui l’a, au fil du temps, érigé en despote. « Je laisse à chacun le soin de me juger mais j’ai la conscience en paix. Suis-je plus mauvais dirigeant aujourd’hui qu’au temps où j’ai hissé le RWDM en Coupe d’Europe ou, par après, ramené en D1 le Brussels qui donnait alors la leçon à Anderlecht et au Standard ? La vérité, c’est qu’en quelques années, le monde du foot a complètement changé et pas en bien. Si tant de clubs se retrouvent sur la paille, sportivement et financièrement, c’est qu’ils ont buté sur des obstacles devenus infranchissables. La majorité de la D2 crève la misère. Récemment, j’ai réuni les présidents à Molenbeek en les invitant à jouer cartes sur table. Tous comptes faits, on a admis que chaque club, en moyenne, allait connaître cette saison un déficit d’exploitation de 400 à 500.000 euros. C’est intenable. »

Le Brussels n’échappe pas à la règle. « Nous avons pourtant revu drastiquement notre budget à la baisse. De 4,5 millions en D1, nous sommes repassés à 1,5 million. Cette politique ne nous a pas empêchés de confectionner un effectif pro de 20 joueurs. Je n’ai pas à me plaindre du comportement du groupe ni, encore moins, du travail des coaches. Mais en dépit de tous ces efforts, ça ne fonctionne pas. Et nous perdons nous aussi de l’argent alors même que la cellule sponsoring a rapporté cette saison, brut, 1 million. La première année de notre relégation, nous étions parvenus à limiter la casse grâce au parachute de 460.000 euros de droits télévisés. Les problèmes ont débuté en 2010 avec une perte de 400.000 euros. »

Lors de chaque réception d’après match, Vermeersch entend les mêmes litanies.
« Louis Tobback m’a certifié que Louvain mettrait le frein à main s’il ne montait pas cet été en D1. Leone, le président de Mons, m’a confié qu’il en avait plus que marre de voir l’Albert lui coûter une villa chaque été. Visé parle de fusionner avec Liège. Mon alter ego ostendais vient encore de sortir de sa poche une rallonge de 300.000 euros. Dendre et Roulers sont au seuil de la faillite, avec des dettes colossales sur le dos. Quant à Turnhout, à qui nous avons rendu visite le week-end passé, ses dirigeants étaient plus préoccupés, à la mi-temps, par le sort du Lierse, leur parraineur, que par leur propre résultat. Hormis le stade qui appartient à la commune et son numéro de matricule, Turnhout n’a plus rien. Son sort est lié à celui du Lierse qui traîne lui-même un boulet de 17 millions alors qu’il n’est même pas assuré de son maintien en D1 malgré un effectif de 35 joueurs. La situation de ce club illustre le gouffre qui s’est creusé entre la D2 et la Pro League. Alors qu’ils avaient survolé l’an passé la D2 et qu’ils ont acquis à tour de bras des renforts, les Anversois sont à la ramasse. La D1 récolte ce qu’elle a semé. A force de vouloir faire le vide en dessous d’elle, elle va finir par jouer en cercle fermé. Car la situation de clubs comme Courtrai, Zulte-Waregem, le Germinal Beerschot, Charleroi et bien d’autres est loin d’être reluisante : la preuve, c’est qu’ils doivent tous se séparer de leurs meilleurs éléments pour survivre. Et comble d’ironie, ils ne peuvent même plus venir puiser dans le réservoir de la D2 qui s’est à ce point appauvrie qu’elle n’a plus un seul joueur capable, du jour au lendemain, de faire leur bonheur. »

Le Brussels, comme ses adversaires, n’est pourtant pas au bout de ses peines. « La saison cycliste qui s’ouvre va achever de nous tuer en gardant les supporters devant leur téléviseur ou au bord des routes. Traditionnellement, les clubs de D2 entrent en mars dans leur phase la plus délicate. Les recettes de sponsoring, d’abonnement et de billetterie sont épuisées. A tout casser, les derniers matchs vont rapporter des recettes de 6 à 7.000 euros, même pas de quoi payer les faux frais ! »

Parvenu, à 60 ans, au crépuscule de sa carrière, Vermeersch s’accorde encore 3 ans pour diriger son entreprise immobilière et 5 ans pour tenter de sauver ce qui peut encore l’être au Brussels. « Il nous reste des infrastructures d’accueil et d’entraînement dignes de la D1 ainsi qu’un groupe de jeunes élites qui font jeu égal avec les meilleurs clubs du pays. Qu’on se maintienne ou qu’on descende, c’est pour eux que je continue à me battre. Pour le reste, je n’ai pas de solution miracle aux maux actuels du football. De la P4 à la D1, nous sommes dans la panade ! »

Source : JEAN-LOUIS DONNAY – Le Soir 2011

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